La culture d’entreprise

«Esprit d’entreprise, où es-tu?» A l’image du vieux Diogène dans l’infructueuse quête d’un homme, les responsables des ressources humaines essaient vainement de recréer l’alchimie subtile de ce fameux élixir de fidélité.

La «culture d’entreprise» ne constitue en fait qu’un cas particulier de l’esprit d’appartenance à une collectivité. Ingrédient essentiel: la loyauté. Dans le cas d’une entreprise par exemple, il ne s’agira pas seulement de la loyauté témoignée par l’employé ou le cadre face à son employeur, mais également de celle de l’employeur face au collaborateur concerné, même (et surtout) lorsque les temps sont durs. Autre ingrédient: l’intéressement du collaborateur. Il ne sera pas uniquement pécunier, mais pourra revêtir diverses formes, par exemple la définition d’un plan de carrière pas trop nébuleux, quelques avantages en nature, peut-être une dotation en capital-actions de la société.
Elément incontournable: l’identification du collaborateur avec la politique, les moyens et les objectifs élaborés par la direction de l’entreprise, lesquels auront préalablement été définis en commun dans un esprit de critique constructive et d’estime réciproque.
Actuellement, après les immenses bouleversements économiques imputables à la «mondialisation», aux gigotements boursiers et à la déferlante appelée curieusement «néo-libérale», les entreprises (surtout les grandes) perdent le nord et se lancent la tête la première dans le chaudron de la potion magique du grenouillement mondial. Les sociétés multinationales, menées par de purs financiers sans scrupules, délocalisent et «dégraissent» à tour de bras, se fondant hystériquement les unes dans les autres ou au contraire divorçant à grands fracas pour se reconstituer autrement, le tout à l’image d’un continuel «mouvement brownien».
Cette situation produit actuellement l’éclosion d’une nouvelle génération de cadres d’entreprises. Il s’agit de «jeunes loups» aux dents longues, qui ne se font plus aucune illusion sur la loyauté de leurs patrons successifs. Confrontés souvent au chômage et à la précarité d’emploi en début de carrière, ils ne voient pas pourquoi ils devraient faire preuve d’une quelconque compassion à l’égard d’employeurs qui les considèrent comme de vulgaires pions sur un échiquier. Sans aucun état d’âme, ils sont capables de se lancer dans les bras du concurrent direct si un poste proposé est meilleur que celui qu’ils occupent, emportant avec eux le cas échéant les fichiers de suivi de clientèle et les banques de données de la société qu’ils quittent. Essayez de leur parler de «culture d’entreprise»: ils vous scruteraient avec le regard à la fois médusé et incrédule d’un archéologue se trouvant soudain placé face à un homme du Néandertal en chair et en os.

Auteur: Edouard Huguelet , rédacteur en chef du Mensuel de l'industrie http://www.msm.ch


Tiré du magazine MSM Le Mensuel de l'industrie http://www.msm.ch