Ornithomorphismes

Les réalisateurs de bandes dessinées ont souvent utilisé des représentations anthropomorphiques amusantes, notamment des oiseaux (Donald Duck, Daisy, Picsou, Woody Woodpecker, Titi, Calimero...). Quel rapport avec une exposition spécialisée, tel le SIAMS par exemple? C’est ce que nous allons voir.

Il y a deux ans, assis derrière le comptoir du stand MSM à SIAMS 98, je me surpris à imaginer en fin de journée un salon dont les visiteurs ne seraient non pas des êtres humains, mais des oiseaux.
C’est ainsi que le fringant PDG d’entreprise à l’attitude distante, se déplaçant avec un détachement étudié d’un stand à l’autre, se transforma brusquement en héron, ou plus précisément en héron cendré, cette substitution ornithologique étant certainement suggérée par l’élégante chevelure grisonnante du passant, encadrant un visage au hâle ambré, imputable à la pratique assidue du golf et à la pêche au gros dans la mer des Caraïbes tous frais déduits sous rubrique «formation continue» de la déclaration d’impôts. Juste derrière lui, un pélican récoltait fébrilement de la documentation raflée compulsivement à tous les stands, engouffrant des masses de prospectus, plaquettes et listes de prix dans son bec immense. Quelques instants plus tard, se pointait un vautour se perchant à proximité, dans un endroit discret et sombre, afin de mieux pouvoir observer le va-et-vient des chalands aux environs du stand de son concurrent. Survint alors une levée d’étourneaux: les élèves joyeux et turbulents d’une classe d’école professionnelle. En quelques secondes, toutes les cacahuètes, bonbons, stylos et autres gadgets-cadeaux pour visiteurs disparurent de la banquette du stand. Il y avait aussi un merle des Indes dont le babil continuel couvrait le brouhaha environnant, ainsi qu’un jovial perroquet bigarré hanté par l’idée fixe consistant à dénicher de vieilles connaissances dans la masse des visiteurs et des exposants: «Mais, c’est Marcel! sacré Marcel, cela fait une paie qu’on ne s’est pas vus. Toujours le même! Tu ne changeras jamais!». Une grosse poule et sa couvée de poussins s’est approchée en caquetant, demandant s’il ne restait pas encore quelques friandises, stylos ou autres menus objets pour sa progéniture. Les allées étaient parsemées de pingouins qui déambulaient en se dandinant. Soudain j’entendis une grosse voix qui s’adressait à moi, me sortant instantanément de mes rêveries zoomorphes. Ce n’était pas un goéland, encore moins un gypaète barbu, mais un visiteur bien humain, me demandant si c’était bien ici le stand du «Marché Suisse des Machines», vu que le panneau indiquait: «MSM – Le Mensuel de l’industrie». Ce fut l’occasion rêvée de dépeindre la vocation pluridisciplinaire d’une publication non pas dédiée à une seule branche d’activités, mais englobant l’ensemble du panorama industriel de notre pays.

Auteur: Edouard Huguelet, rédacteur en chef du Mensuel de l'industrie http://www.msm.ch


Tiré du magazine MSM Le Mensuel de l'industrie http://www.msm.ch